En tant qu’humains de chats, nous sommes fascinés par la reconnaissance de la litière par notre matou pour ses éliminations (pipis et crottes) dès ses premiers pas dans un foyer. Mais il arrive aussi que certains chats ignorent le bac à litière, ce qui pourrait porter à confusion quant à la nécessité d’un substrat, pour notre perception humaine. Revenons à l’origine de ce besoin de litière.
L’éthologie (science du comportement animal et humain), la biologie et la médecine vétérinaire ont rapporté que les chats libres ou féraux* choisissent des zones d’éliminations dans leurs domaines vitaux. Il existe encore peu d’études sur la délimitation et la préférence de ces endroits. En revanche, ces chats éviteraient de souiller fréquemment les mêmes zones afin de réduire les risques d’être infestés de nouveau par leurs propres parasites (1). C’est plutôt malin !
Les chats d’intérieurs** qui vont à la litière ont certainement appris par imitation et observation de leur maman quand ils étaient chatons. En effet, la maman stimule la partie postérieure de l’abdomen pendant la toilette de ses petits pendant les premières semaines afin d’enclencher le processus d’élimination (1, 2). Et ce n’est qu’à partir de 7 semaines qu’un chaton sera capable d’aller tout seul à la litière, d’où l’importance aussi de ne pas séparer trop tôt les chatons de leur maman. Les personnes qui ont eu l’occasion d’assister à la croissance de chatons en présence de leur mère pendant plusieurs mois pourront le confirmer.
Les chats réalisent une séquence comportementale précise lors de ces phases d’élimination. En général, il s’agit de renifler autour de la zone, creuser le substrat, se mettre en position pour éliminer, renifler l’urine ou la matière fécale, recouvrir ou non puis s’en aller. Des auteurs d’une publication scientifique ont observé chez des chats d’intérieur au moins 39 façons différentes de faire cet enchainement en fonction de la configuration et l’aménagement de l’environnement de vie (3). Une autre étude relève des différences de comportement d’éliminations chez les femelles de différentes tranches d’âges dans un refuge, du stade chaton à adulte non stérilisé avec ou sans portée (4). L’objectif des deux expériences était aussi d’identifier et de comprendre les conditions poussant les chats à abréger ou à allonger certaines étapes de la séquence, à renifler, à recouvrir ou non leurs déjections. D’après les résultats, les chats observés modifiaient la durée de leurs comportements d’éliminations en cas de changement d’environnement et selon leur degré de satisfaction. Le fait d’écourter sa séquence et de ne pas recouvrir ses besoins ne serait pas systématiquement corrélé avec un inconfort. Les femelles pourraient avoir tendance à renifler et recouvrir plus souvent leurs crottes lorsqu’elles ont des chatons afin de se protéger contre des menaces extérieures. Toutefois, ces analyses sont encore à confirmer. Une chose est sûre, la communication olfactive est aussi importante chez les chats. Les odeurs émises par les éliminations contiennent des informations chimiques intéressantes pour les congénères et d’autres animaux.

Enfin, un autre fait à prendre en compte est le comportement grignoteur du chat. En effet, il a tendance à manger fréquemment de petites quantités de nourriture en l’espace de 24 heures (1, 2). Qui dit manger souvent dit avoir envie d’aller au toilette plusieurs fois par jour, mais peut-être pas à n’importe quel moment. La miction et la défécation sont des mécanismes tout à fait biologiques et naturels. Les carnivores stricts ont un système digestif plus court par rapport à celui des omnivores et herbivores. Même si l’origine désertique du chat domestique fait qu’il boive peu, il n’empêche qu’il aura besoin de faire pipi au moins deux à trois fois par jour (2). Ainsi, que ce soit en journée ou pendant la nuit, où son pic d’activité est en général le maximum, le chat ne pourra pas se retenir autant d’heures.
Un chat qui préfère le confort de la maison, même avec un accès illimité à l’extérieur, aura donc forcément besoin d’un coin litière à l’intérieur ! Si nous souhaitons apprendre à ce minou d’aller faire ses besoins uniquement à l’extérieur, qui plus est à un endroit précis, alors bonne chance pour qu’il l’entende de cette oreille ! En revanche, si minou reste plutôt dehors, là c’est une autre histoire.
Ces observations générales nous montrent déjà la subtilité du comportement d’élimination et la complexité des latrines félines. De quoi en avoir le tournis pour les néophytes ! Ce phénomène comportemental suscite beaucoup de curiosité chez les scientifiques passionnés. Alors, heureusement que des personnes continuent d’explorer ce sujet pour fournir d’autres indices. En effet, les problèmes de pipis et cacas hors des litières apparaissent souvent en haut du podium des comportements gênants à résoudre***. Un chat d’intérieur sevré qui ne va pas dans son bac à litière nous signale un inconfort. Quel que soit l’origine, médicale et/ou comportementale, laisser s’empirer les éliminations hors litière peut avoir de sérieuses répercussions sur la santé mentale de notre loulou et par extension sur notre relation avec lui. Les causes s’additionnant, ce n’est pas à prendre à la légère !
*chat en partie domestiqué revenu à l’état sauvage
**chats ayant pu s’adapter à une vie à l’intérieur d’une maison avec un accès à l’extérieur plutôt limité
*** occurrence variable en fonction des sources
Pour en savoir plus :
1. Turner D.C., Bateson P. (2014). The Domestic Cat: The Biology of its Behaviour (third edition), Cambridge University Press.
2. Gagnon Anne-Claire (2012). Comportement du chat : biologie et clinique, éditions du Point Vétérinaire.
3. McGowan R.T.S., Ellis J.J., Bensky M.K., Martin F. (2017). The ins and outs of the litter box: A detailed ethogram of cat elimination behavior in two contrasting environments, Applied Animal Behaviour Science, 194 (2017), 67–78 (en libre accès sur : www.sciencedirect.com)
4. Ferreira G.A., Meneguello L., Genaro G. (2024). Elimination behavior in the female domestic cat: Burying and smelling – Implications for chemical communication, Applied Animal Behaviour Science, 270 (2024), 106-140 (en libre accès sur : www.sciencedirect.com)
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